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Aléas du sort, au nirvana de septembre a succédé une brutale turbulence physiologique sourde aux révélations automnales. Inactivité et immobilité requises. Gestes ralentis, pensées distraites, concentration a minima, projets renvoyés sine die.

- Tu dois t'ennuyer,
me dit-on.

Le temps passe, je passe, j'observe le temps passer, le temps me traverser, c'est ainsi. Est-ce de l'ennui ?

n.m. ennui [ɑnɥi]
1.  Désagrément qui met dans l'embarras: Des ennuis mécaniques (problème). Il nous a causé beaucoup d'ennuis (souci, tracas). 
2.  (Toujours au sing.). Abattement provoqué par l'inaction et le désintérêt: Pour tromper son ennui, elle lit beaucoup (désœuvrement, lassitude, mélancolie). 

Il est des mots, des états, des concepts à ce point étrangers, autres, détachés, absents que le recours aux définitions s'impose. Oui, cliniquement, il s'agit bien d'un ennui mécanique. Oui, en effet, je suis désoeuvrée, sans oeuvre. Non, je ne suis ni lasse ni mélancolique, et lire beaucoup, je ne peux.

Le temps passe, et je passe avec lui. J'observe les pensées passer, se dissoudre, volutes de fumée sans incidences ni conséquences. J'y pense et puis j'oublie.

Les pensées frémissantes, révoltées, amères, coléreuses, enthousiastes, tristes passent et se dissolvent. Du coq à l'êne, elles défilent. Leurs racines puisées dans les rayons des grandes injustices, des grandes bassesses, des grandes questions, des tracasseries quoditiennes, des magmas et mascarades divers. Elles passent et se dissolvent, brouhaha assourdi, étoiles filantes.

[Comme celle-ci, prétexte à évoquer le blog d'un homme apprécié.
Après avoir lu "Qui a le droit d'écrire ?", sur le blog "pour écrivants" de Martin Winkler, je pense aux cénacles et cours diverses en usage. Je pense à ces poètes/auteurs/écrivains qui dénigrent ceux qui ne sont pas poètes/auteurs/écrivains, comme celui-ci, dernièrement, ayant entregent et belle gueule, dénigrant celui-là, ingrat et déprimé au paraître. Tapages mesquins et ronds de jambe, basse-cour.]

J'y pense et puis j'oublie.

[Une autre, prétexte à aphorisme.
Je pense à l'aphorisme déniché sur le Facebook d'Alain Escot :"Idéaliste désespéré, je déteste l'humanité et j'aime les gens..." M'appropriant la première séquence, doute soudain sur la seconde : si j'aime l'humain, je ne suis pas sûre d'aimer les gens.]

J'y pense et puis j'oublie.

Le temps passe, et je passe avec.

J'y pense et puis j'oublie.
J'y pense et puis j'oublie.

Puis, je lis par fragments le livre d'Anne Ancelin Schützenberger, "Le plaisir de vivre", dans lequel le thème cher de la sérendipité s'étale avec gourmandise, se jouant des frontières et des domaines habituellement observés, ricochant du magique au neurosciences. En 2006, j'invitais dans une de mes chroniques à "User et abuser de la sérendipité". Par d'autres biais, récemment, je suis revenue de très près à cette notion, à cette "capacité" catalysatrice, à mon sens summum de cohérence, d'attention et de justesse.

Le choix fortuit
-je pioche aléatoirement et rapidement dans les rayonnages des bibliothèques-
du dernier livre d'Anne Ancelin Schützenberger
-dont je connaissais toutefois le travail en psychologie sociale et psychogénéalogie-
conforte ces retrouvailles.

Que ce soit fortuit ou non, j'y pense et puis j'oublie.

Mais, page 73, Anne Ancelin Schützenberger évoque en 1944 sa fuite devant les Allemands.

"Après quoi, ils lancèrent des bombes incendiaires. Comme la maison de ma grand-mère avait déjà été brûlée, et comme, avant cela, la maison de mon arrière grand-mère avait elle aussi été brûlée, que ma propre maison fût brûlée à son tour ne me tracassa pas outre mesure."

Là, je n'ai pas pensé, je n'ai pas oublié, j'ai su.

Au-delà de cette excitante sérendipité retrouvée, j'ai su, je sais qu'il y a eu des maisons brûlées, qu'il y en aura encore et que c'est ainsi.

C'est certes ennuyeux,
j'y pense et puis j'oublie.
Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /Oct /2009 15:36
- Par myriam laffont - Publié dans : Chroniques
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