En septembre dernier, réveillée en sursaut, j'ai été incapable des heures durant de lever ne serait-ce que la tête, d'ouvrir ne serait-ce qu'un oeil, emportée dans un impressionnant manège
nauséeux et effrayant. Ballotée dans un horrible tambour de machine à laver, intérieur comme extérieur élastiques et instables. Un épouvantable Titanic dans les 4 m2 de ma couche. Le matin,
j'ai pu rejoindre lentement le bureau et appeler un médecin.
Equilibre perdu, oreille interne en déroute.
S'ensuivra un mois vacillant à tâtons. Puis, enfin, ce vendredi ensoleillé où je me suis réappropriée une marche et une verticalité à nouveau insouciantes.
Depuis ce hiatus éprouvant, le portable fait partie intégrante de la table de chevet, la crainte de revivre une telle nuit supplantant les dangers probables de la téléphonie mobile.
Ce soir, pour enrailler quelques légers acouphènes venus encombrer le bel équilibre de mon oreille interne, je me suis limitée à trois nouvelles (excellentes) du recueil de Philippe Huet
("L'ivresse des falaises") puis je me suis relaxée, j'ai médité, j'ai bercé la cohérence sereine de ma respiration et mon coeur. Battements gracieux de bien-être.
Juste avant d'éteindre, j'ai attrapé le portable pour activer la fonction réveil. Prête à basculer, très somnolente, donc maladroite, très myope, un brin presbyte désormais, je m'emmêle les
doigts, les yeux, le portable et actionne la fonction photo. Je regarde bien sûr le résultat.
J'apparais.
Plus que floue, j'apparais nue.
Regard nu, dépouillé de tout artifice, front dégagé de toute mèche, cheveux froissés en lisant, ligne du nez exempt de lunettes, bouche gonflée, triangle du menton renforcé par la masse des joues
tirées vers le bas, pesanteur. Je me prends au jeu et prends en rafale cet immédiat sujet d'étude, anticipant les plis du cou, certainement amplifiés dans cette position, ce visage brut sans les
affriolances du fard et du khôl.
Les images défilent sur l'écran.
Je suis sidérée.
Je me reconnais. Je ne me reconnais pas. Je me reconnais soudain. Je suis là. Je ne suis pas là. Qui est là ?
Je, multiple; je, inconnu; je, autre; je, soudain; je, bascule.
Si moi et pourtant si peu moi; une autre que moi si moi; une subtile émanation offerte ce soir; un présent, ma présence adoucie d'une sérénité me faisant souvent défaut. L'absence violente de
violence; violence ou désespoir sousjacents ici inexistants. M. évoquant hier la violence et la noirceur irriguant les nouvelles de "Ni son père aux yeux bleus, ni sa mère aux yeux
bleus". S. me comparant à une Don Quichotte écorchée. Se rappeler D. qui, il y a presque 20 ans, voyait dans mon visage celui, si doux, si tendre, de la dormeuse de Renoir; je le laissais dire,
pensant, "Ce que l'amour distord le regard".
Un autre hiatus entre le miroir, le reflet, la verticalité, le paraître, le jour et cet autre reflet, dévoilé, glissé, nouvelle empreinte, la nuit.
Verticale, aller
Langagière, déposer
SUR L'ECHIQUIER DU JE DE L'OIE :
Quel visage avant la naissance ?
L'une et l'autre / Ni l'une, ni l'autre
Le fracas des vagues juste dans un crâne
Lundi 8 mars 2010
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01:13
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Par myriam laffont
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Publié dans : Chroniques
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