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Découvrant la poésie de Jack Spicer dans un vieux numéro de la revue le Matricule des Anges, un ami m'écrit que ces quelques vers lui ont fait penser à l'atmosphère de certains de mes textes. Je pars donc à mon tour à la découverte de ce poète américain.

« Fracas
Ces vagues
Juste dans un crâne
Etre habile à cela est pop. Court furet
(Tous furètent seuls, cherchant les mêmes choses)
Sur la plage
Avec la marée balayant
Tout le sable comme un tapis
Et le rejetant. L’oreille pleine d’écume. Pute de Pound
S’étonna Homère. Aidez-
Nous à dormir comme des hommes pas comme des barbares. »

(Extrait de Lamentation pour les créateurs, « La plage de Douvres », p. 171).

     Dans ce même courrier, d'une vague à l'autre, le même ami évoque la "beauté" de mes nouveaux avatars mis récemment en ligne.

Avatar :du terme sanscrit "Avatara" qui désigne originalement les incarnations terrestres de la divinité Vishnu dans la philosophie hindouiste. Par extension en matière informatique, l'avatar désigne l'incarnation numérique d'un individu dans un monde virtuel (on parlera aussi de "personnage").

    Euréka, le coq et l'âne réunis dans la même branche.  Jack Spicer serait le parfait liant pour les ingrédients composites de cette chronique, elle même composite d'un vaste questionnement sur l'incarnation.

S'incarner : personnifier une abstraction.
Donner une apparence charnelle à.
Jouer le rôle de.
Devenir chair, se faire homme, se matérialiser.



     Pour vivre continuellement avec  le
"Fracas
Ces vagues
juste dans un crâne",
participer au projet de Sandrine Follère, peintre-sculpteur installée à Toulouse, était l'occasion d'observer ce que feraient crâne et incarnation dans une immobilité de deux heures, dans un face à face où mes mains seraient inactives et où l'autre me regarderait en terme de lignes, volumes, clair, obscur, perceptions, aléas, surfaces.
     Sandrine Follère s'est lancée dans une nouvelle et vaste série, "Les Gens",  365 portraits de parfaits inconnus, perçus au travers des photos, des avatars déposés dans les mailles des réseaux sociaux virtuels, tels Facebook. A terme, la re-création d'un autre réseau social et des interrogations sur ces mailles tissées de fragiles et aléatoires instantanés.

    Je serai la 67eme Gens à être assis dans le bel atelier lumineux de l'artiste. Balayée ma propre représentation archétypale d'une pose. Du moins, ici. Ici, si je ne peux lever mes fesses de la chaise, je peux lever le menton, tourner la tête, agiter les mains, les pieds, la langue;  incarner dans les anodines et discrètes  agitations les vagues du crâne. Nous échangerons pendant deux heures, sur  tout, sur  rien, sur soi, sur l'autre, sur l'art, sur les bienfaits de la série dans la création, - libérée ainsi de l'obligation de faire oeuvre unique-, sur l'exceptionnelle installation en binôme actuellement aux Abattoirs et au Mas d'Azil, etc.
    
     Au terme des deux heures, un nouvel avatar se dévoile. Alimenté par une rencontre, une perception, un état d'esprit propre à l'une et à l'autre. Qu'il soit ressemblant ou pas n'a aucune importance, il se présentera simplement à la lecture, un parmi 365 Gens, là, sur cette chaise, à discourir et s'imprégner d'un lieu et d'un être qui le regarde et l'incarne arbitrairement de papier et de gouache.

 

     Au soir de cette pose, charger sur l'ordinateur les photos prises à fleur de rivière glacée. Etendue sur une langue de pierres entre eau et eau

-posée, oui, posée, immobile, les yeux fermés, s'ennivrer de froid et du bruit de l'eau en amont furieuse et intermittente (on raconte que des fées bienfaisantes, las Encartadas, les Enchantées, vivaient ici et lavaient leur linge à l’aide de battoirs en or), bénir les dents qui claquent alors que la fournaise au dessus, puis se relever, buée, et laver le linge plus plomb que or -

se prendre en photo à bras tendus, saisir une trace, une grâce de cet instant serein, de ce "furet" apaisé par les eaux vives,  "marée balayant tout le sable", Désenchantée consolée par les Encartadas, ses soeurs de fortune.

     A ce clin d'oeil sans âge, apporter le sable et les traces d'une application délicieusement saudade, recréant les charmes inégalés de nos bons vieux Polaroid.
(Paix à leurs âmes, paix dans mon âme)



 

 

Vous vous sentez l'âme d'un 365 Gens ? Participez au projet de Sandrine Follère.

Contact sur son site ou sur Facebook.

Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /Août /2009 22:15
- Par myriam laffont - Publié dans : Chroniques
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