marcher la nuit tombée dans les rues froides et mouillées; le fer des talons claque, métronome vif et régulier; roulis des hanches et des bras, balancier; fendre les buées; une maison m'attend,
éclairée, un chat affamé, une table ensevelie des travaux en cours, la chaîne allumée, une cigarette quasi intacte, une tasse de thé peut-être encore tiède; un subtil suspens mis en scène pour me
ramener
Sur un blog, un billet au titre flamboyant, "Mon village ! ", illustré par une rasade de belles photos prises au crépuscule, à l'aube, au midi, à la nuit d'un village palpitant sous
les lumières et les diverses heures des jours.
Pincement chafouin au coeur. Subite jalousie.
Je n'ai pas de village ou ville ou pays sur lequel m'exclamer. Je n'ai ni fierté ni sentiment d'appartenance, je n'ai pas d'exil, je n'ai pas de pied à terre vers lequel revenir frémissante,
ressourcée par un lieu, un havre, un port d'attache, une histoire, une portée.
Ma ville natale l'a été par commodité géographique et administrative; je m'y sens étrangère, démunie de souvenirs et d'amis d'enfance, recalée par un accent distinctif que je n'ai jamais eu.
J'ai pour cette ville aux attraits touristiques indéniables des sentiments de rejet et d'attraction. La traversant, je la trouve laide, sans charme, sale et grossière. Pourtant, les lentes
chorégraphies syncopées dont elle se pare 3 mois par an me bouleversent. Pincement chafouin au coeur. J'aurais aimé que les Pierrots, les meuniers, los encatados (les fées), les
confréries des fécos me coiffent de leurs "carabenas" (roseau enrubanné), m'enfarinent, baptême de Mardi Gras, cordon ombilical fantôme enfin renoué.
Je ne sais pas dire "chez moi" pour évoquer la maison dans laquelle je vis actuellement; j'ai fait le choix du générique; je dis donc "la maison" ou "ici". Le choix passe inaperçu; je sais
néanmoins qu'il requiert parfois des circonvolutions syntaxiques complexes pour rester insoupçonnable.
Une fois, il y eut ce sentiment du "chez moi". Une évidence, une ressemblance, une osmose, un sentiment, une retrouvaille. Ce ne fut pas assez, il fallut partir. Le sachant,
j'ai pourtant un soir commencé à paver de céramiques, de tessons d'assiettes et de galets les marches qui montaient au 7ème ciel que je venais de perdre, hommage désespéré voué à la
démolition.
Depuis quelques temps, les objets, les meubles, les souvenirs, les papiers peints, les revêtements de sol, les peintures de la maison dans laquelle je vis m'étouffent. J'observe ce
sentiment, exacerbé le lundi, jour de ménage hebdomaire. Lassitude d'aspirer les mêmes poussières dans les mêmes recoins, les mêmes lundis. Les lundis, visions de tous mes encombrants amenés sans
procès à la décharge.
La compulsion du déménagement est revenue, les 3 ans de stabilité immobilière maximale jusqu'ici observés dépassés. Si les circonstances le permettaient, je partirai, j'emménagerai. Et de 23.
Partir, emménager au bout du monde, du pays, dans la rue voisine. Partir/venir à défaut de partir/revenir.
Retrouver l'excitante promesse de nouvelles racines, si factices soient-elles.
Samedi 13 février 2010
6
13
/02
/Fév
/2010
18:02
-
Par myriam laffont
-
Publié dans : Chroniques
1