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myriam laffont
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[ tomatillas, sphères, cosmogonie, Nosferatu, bas de laine, pupilles, billes, papouilles de Nouvel An]
Il y avait eu quelques prémices, semés ça et là, sans logique particulière, si ce n'était le courant du vent, le caprice des graines. Quoique belles, exotiques et amusantes à extraire de
leur gangue arachnéenne, les tomatillas s'avéraient impossibles à croquer et à déglutir. Trop amères, trop acides, trop l'une et l'autre à la fois, un goût étrange impossible à
assimiler.
Et pourtant si rondes, si galbées, des petites planètes adorables à rouler dans la main. Mais infectes à manger.
Dépitée, je débranchais ma langue et enclanchais mon oeil bionique. Canon zoom lens 4 x greffé dans la pupille, macro sur béton de la cour.
Le galbe de la tomatillas s'était gravée sur ma rétine. Les jours suivants, les ronds dans l'air, les sphères se sont enchaînés, n'importe où, n'importe comment, les trous de serrure
béants s'ouvrant sur les chevilles cambrées, les chambres aux volets fermés, les univers d'agglutinés baroques, les halos de lumière.
Je brûlais, j'approchais.
Une certaine cosmogonie s'ébauchait, prenait forme et tourbillon.
Une certaine culture accompagnait la certaine cosmogonie. Sous l'ombre tutélaire de Superman et de Nosferatu, des pétales envahissaient les sphères de verre.
Coupées, les têtes aux joues rondes subissaient le même recueillement.
Un monde prenait forme, tournait férocement sur lui-même, repoussant les masses encombrantes.
Môme, j'avais rêvé que la Terre, l'Univers gravitaient dans un bas de laine, accroché à une cheminée. J'avais vu la sarabande des molécules se cogner, rebondir dans cet espace clos de
Noêl. Le rêve n'avait pas duré assez longtemps pour que je puisse voir à quoi était accrochée la cheminée.
Quand je suis arrivée devant ces yeux-là, je les ai reconnus. J'ai les mêmes. C'est avec de tels yeux que j'ai vu la sarabande des molécules planétaires se cogner dans un bas de laine. C'est avec
ces mêmes yeux que je continue à voir les folles et absurdes sarabandes de molécules. Ce sont eux aussi que je persiste à écarquiller dans les trous noirs, pour tenter de voir à quoi peut
bien être accrochée cette foutue cheminée.
Les 7 dernières photos ont été prises dans l'atelier extraordinaire d'enchevêtrements et de glaneries de Laurent Barbat, sculpteur/designer, à Mix'art
Myris : "L'objet lumineux est mon domaine de prédilection. Je fais partie de la grande famille des "Glaneurs", les récupérateurs détourneurs. Ma démarche n'a d'originalité que de par mon
oeil, ma capacité de restitution de ce que je vois dans la rencontre d'objets, de pièces détachées, de toutes provenances et natures, produites par notre monde moderne. En leur donnant une
seconde vie, leur assemblage suscite un univers ludique qui m'est propre où quiconque peut se reconnaître de par sa sensibilité et ses références, dans un partage de la recherche esthétique avec
l'humour en toile de fond".

Enfin, en ces temps où il est d'usage de s'embrasser sous le gui, sur le pas de la porte, au seuil de la nouvelle année, à la volée, à pleine bouche, du bout des lèvres, à minuit, à toujours,
à jamais, cette image animée toujours puisée dans le bric à brac de Laurent en guise d'embrassade, de bons voeux et de boules de Noël. Un bon petit goût de flipbook à se mettre sous la langue !

Si, dans l'enthousiasme, vous embrassiez crapauds ou grenouilles, cette dernière gourmandise concoctée par BärenPresse - glanée cet été sur le marché
d'Espéraza- devrait faire passer ce goût improbable d'amer/acide qu'ont en commun tomatillas et crapauds.
