- I - Le feu sacré de Agnac au reste du monde tu apporteras
Autrefois village fortifié, autrefois commune, aujourd'hui lieu-dit, aujourd'hui joliment restauré, le bourg Agnac est un centre du monde comme un autre. Les marcheurs de Saint-Jacques le traversent, la coquille à l'épaule, et peuvent croiser chasseurs, pêcheurs, ramasseurs de champignon et autres flâneurs variés. La vue sur la vallée du Lot est superbe et le triangle proche des départements Aveyron, Lot et Cantal suffisamment boisé pour se perdre avec bonheur et cosmopolitisme. A Agnac comme ailleurs, tu es un citoyen du monde et tu essaimes donc d'un lieu dit centre du monde. Le postulat est étymologiquement correct, Agnac provenant du latin ("agni aqua" pour "l'eau de l'agneau") ou du terrien (Annius, le propriétaire gallo-romain) ou du sanskrit ("agni" pour le feu sacré).
Optant pour le sanskrit, plus exotique, j'ai donc récemment déplacé mon feu sacré à Agnac.
Ici, Agnac, à vous la Terre. Jean-Henri Meunier ou Tolstoï, -"Si tu veux parler de l'universel, parle de ton village"- béniront le plagiat.
- II - Où [ni loin/ ni près] se révèle relatif et quantique
Comme tout centre du monde, Agnac est loin et près de tout. Les transports en commun et le vélo oubliés, tu prends la bagnole et t'acoquines avec la vraie relativité spatio-temporelle. Pas sans mal au début. En ville, tu passes 40 minutes dans les embouteillages pour parcourir 10 kms. 40 minutes, une peccadille en ville.
"- T'es où?
- Je suis tout près, - 10 kms une peccadille- j'arrive!" (40 minutes après).
Ici, 40 minutes égalent 40 kms. Dénaturée par une longue pratique urbaine, - 10 kms/40 mn = la porte à côté-, tu t'arraches les cheveux en chouinant : "40 kms ? Mais c'est quoi ce fin fond de trou du cul du bout du monde loin de tout ?" retranchant avec mauvaise foi de l'équation le facteur temps, identique. Et tu chouines, et tu chouines quelques jours. Et tu prends la bagnole en maugréant, adieux voeux de décroissance, bonjour, veaux, vaches et cochons. Et arrive enfin ce jour où tes repères spatio-temporels basculent et tes paradigmes d'urbaine embouteillée disparaissent. Te voilà près de tout, affranchie des frontières, bien installée au centre de ton nouveau monde.
Ici, tu raisonneras en départements et non plus en quartiers; ici, tu passeras d'un centre du monde à un autre centre du monde; d'un clocher à un autre; d'un pays à un autre; d'une coutume à une autre; d'une langue à une autre, peut-être. Ici, la ville ne te contiendra pas, tu rallieras et élargiras toutes les villes.Ici, tu t'éloigneras, tu ne piétineras pas. Ici, aller du point A au point B retrouvera tout son sens.
- III - Où Monplaisir rime avec Rignac, supermarché, pâtisseries et bimboleteries
Ce bascul spatio-temporel ne s'est pas fait immédiatement. Les premiers jours, je me suis accrochée, en bonne urbaine devenue, à ce sacro-saint rayon de 10 kms. "Ouin, ouin, avant, j'avais tout sur 10 kms; alors, ici, faudra que ça suive". Ca n'a pas suivi. En pleine campagne, un rayon de 10 kms te fait rapidement tourner en rond. Ré-apprivoiser la distance devient vital. A ce point du bascul, j'étais prête pour rallier Rignac, autre centre du monde, après les centres du monde que sont Aubin, Valzergues, Montbazens, Roussennac et le lieu dit fallacieux "Monplaisir" suivi de "Donnemorte", moins drôle.
Rignac, son conservatoire des châtaigniers, son martyr missionnaire , sa bonne pâtisserie Bancal, ses délicieuses et surranées bimboleteries, ses grands espaces,et surtout son "fabuleux Supermarché de l'Art". Fabuleux, oui, car unique, premier d'une longue lignée, copié ailleurs, adulé des artistes et des amateurs/acheteurs/connaisseurs de la région Midi-Pyrénées.
- IV- Où l'on arrive, après maintes promenades, au vif du sujet
Cette après-midi, j'ai donc repris ma voiture pour un 30kms/30mns, Agnac/Rignac, plus qu'une peccadille, un pet de dille. J'apportais deux de mes babioles éditoriales mises sous sachet ("L'ivresse des sèves" et "Récits-photos") et reprenais ainsi attache avec Gérard Marty, le M. Supermarché de l'Art, dont c'est la 8ème édition à Rignac.
Je me souviens des premières moutures à la MJC de Rodez. De l'art sous plastique, dans des charriots, des palettes, à tous petits prix. Une ruée, un succès d'une année sur l'autre.
- Il y a une douzaine d'années ?
- Presque vingt ans ! C'était le début des années 90 !
Il en ira donc du temps comme de la distance. Relatif, quantique et plus que nostalgique, parfois antique.
Sur le comptoir de l'Office de tourisme, l'arrivage du jour. Agnès et Gérard ouvrent les colis.
Toiles et sculptures. Noël avant l'heure. Je farfouille avec bonheur dans les cartons. Reconnais un style, une signature. Retrouve par exemple mon cher Michel Julliard, ou le collectif de la Main Gauche, Saint-Cyprien, Toulouse.
Ou tombe dans le panneau de ces sardines mises en boîte.
Le beau sapin qu'est l'espace culturel ploie sous la centaine d'artistes accueillie, soit plus de 1.000 oeuvres dont le tiers trouvera acheteur dans le week-end. Qualité, talents, efficacité et diversité au rendez-vous, de 1 à 150 € max. Des aubaines de Noël étourdissantes.
- Tu verras, le vendredi, jour de l'ouverture, c'est une sacrée frénésie !
Vendredi, ce sera donc sardine et centre du monde localisé à Rignac. Alertez les GPS.
Le Supermarché de l'Art à l'Espace Culturel de Rignac, Aveyron les 25, 26 et 27 novembre 2011. Ouverture des portes le vendredi de 18 à 21heures, le samedi de 10 à 19 heures et le dimanche de 10 à 12h30 et de 14 à 19heures.
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