# Gore mon amour
En rentrant chez elle, la porte était ouverte. Avant même d'enjamber le paillasson, elle sût. Pourtant, elle ne contra pas la gravitation exercée sur son pied droit. Splashhhhh, le pied
retomba. La moquette, beige hier soir, était rouge ce matin. Rouge sang. Rouge sang imbibé, rouge sang spongieux, "Comme le sang est donc bien rouge", ne put-elle s'empêcher de constater,
surprise. A hauteur des yeux, des giclées de sang sur le mur, l'été dernier blanchi à la chaux. Un bel été épargné, elle et lui, loin d'eux, presque insouciants, presque normaux. Bien
qu'elle sût, elle regarda. Il gisait derrière la porte, exsangue, la carotide et les poignets déchiquetés. "Ils ont été surpris, ils n'ont pas pu se nourrir". Vite, refermer la porte.
Ne pas alerter les voisins. Quitter le bateau sans faire de vague. "Un couple très discret, lui, écrivait et restait à la maison; elle, elle travaillait la nuit à l'hôpital, on la croisait
parfois le matin, toujours un mot gentil pour les enfants." Toucher le crucifix d'argent dérobé cette nuit dans la chapelle. Elle devait à nouveau fuir. Changer de ville,
de peau, d'homme. Elle pensait avoir oublié; elle réalisa, glacée, qu'elle n'avait pas cessé de savoir. Assoiffée de bel été et d'étreintes de normalité, elle avait sacrifié l'homme dont le
cadavre désormais encombrait l'entrée. (induit par la simultanéité de l'incipit d'un concours de nouvelles
et du film de Park Chan-wook, "Thirst, ceci est mon sang", brillant de rouge et de
foutraques exaltants.
Tout aussi bien, la porte est ouverte parce que le penne de la serrure s'est à nouveau grippé. Que fait-elle ? Elle appelle un autre serrurier que celui qui est déjà venu et a salopé le
boulot. Le serrurier arrive, il répare, il repart et l'histoire en reste là. Sauf si le serrurier lui tape dans l'oeil. Car, tire la
chevillette et la bobinette cherra, bien sûr. Sur ce, je referme cette porte incidemment ouverte sur des arrière-salles plutôt glauques et vais courir après le chat qui en a
profité pour se tirer.)
# La porte, encore
En rentrant chez elle, la porte était ouverte.
- Tu es déjà rentré ?
- Oui, je suis dans le salon
Il y était. Affalé dans le canapé, zappeuse en main, déchaussé, la cravate dénouée.
- Tu vas bien ?
- Oui. J'ai fini plus tôt
- La porte était ouverte...
- Pourtant, je l'ai fermée. Ne me regarde pas comme ça, je l'ai fermée.Tu vois, je la ferme, elle s'ouvre. Il doit y avoir un problème avec le penne. Il faut appeler un serrurier. Tu t'en occupes
?
- Oui, je sais qui appeler. En attendant, on peut pousser la table comme ça. Tu es sûr que tu vas bien ?
- Oui, j'en suis sûr. J'ai fini plus tôt, c'est tout. Arrête de me regarder comme ça et appelle ton serrurier
- Tu vas ressortir ?
- Non, pourquoi ?
- Pour la table, poussée ou pas
# Troisième porte, droite
En rentrant chez elle, la porte était ouverte. Elle se réprimanda. Encore une fois. Hier aussi, la porte était ouverte. Pourtant, il lui semblait avoir vérifié. Elle se voyait saluer
la concierge, remonter les escaliers, essoufflée, appuyer la main, tremblante, sur la poignée de porte; la poignée de porte n'avait pas cédé, elle était repartie, rassurée. Elle eût la
sensation nauséeuse d'osciller entre deux plans. Ce qui lui semblait, ce qui était. Sa mémoire fuyait, sa mémoire baillait. Avait-elle aussi imaginé le regard navré de la concierge ? Son fils
l'avait certainement avertie. Chez elle, les souvenirs ne rentraient plus. S'en souvenant, elle devenait cette porte ouverte. S'en souvenant, elle appréhendait le jour où la porte franchie, elle
ferait demi-tour, dévalerait les escaliers, persuadée de s'être trompée et d'avoir pénétré chez quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
# Enfiler des portes
En rentrant chez elle, la porte était ouverte. Le voisin d'en face, le vieux vissé à son oeillère, l'a affirmé. Si vous accordez foi au témoignage de ce retraité de la fonction publique, tapez 1,
puis regagnez en petites foulées le 10ème chapitre
Si vous n'accordez aucune valeur au témoignage de ce vieux dégueulasse au regard torve, tapez 2, puis regagnez à la nage le dernier chapitre. Si vous vous en tamponnez le coquillard, quittez ce
préambule en claquant avec véhémence la porte. Attrapez les clés au vol.
Vendredi 18 février 2011
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18
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17:32
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Par myriam laffont
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Publié dans : Littératures
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