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    Printemps 1964, je vois le jour en pays cathare. Pur chèvre ascendant gémeaux.
 

    Très tôt, je raconte, j'écris des histoires, je dessine, je veux être écrivain. Je tire la langue aussi à mon père, désemparé devant l'école maternelle. Si je ne me souviens pas de cette saute d'humeur, je me souviens  de l'odeur d'encre qui l'entourait, des ongles noircis, du verre de lait qu'il buvait consciencieusement tous les soirs après son travail de typographe exposé au plomb. Plus tard, il quittera l'imprimerie de labeur pour rejoindre les flancs de la presse. Nous le suivrons, souvenirs de visites nocturnes magiques dans les cales des grands quotidiens régionaux.
     En primaire, je pille  les quelques bacs d'une petite bibliothèque de village. L'odeur des vieux livres, à l'évoquer, m'assaille encore. L'image du petit chemin qui menait à ce refuge revient aussi.  Réminiscences de ces lectures de hasard: les aventures fiévreuses de Bob Morane et un livre technique sur les tremblements de terre. Fantomette, le Club des 5, la petite Fadette, Tout l'Univers , ainsi que les romans-photos italiens de la grand-mère, aussi.
    A 12 ans, j'écris et je tape  maladroitement sur la vieille machine à écrire paternelle  "Le Lac maudit", un poncif de la littérature enfantine horrifique.

Extrait : " Prise d'horreur, elle allait continuer sa route quand elle vit les bateaux de sa famille chavirer et l'eau peu à peu les engloutir. Marguerite [l'héroïne neurasthénique de ce drame familial] s'élança à travers les flots quand lui apparurent d'hideurses images floues mais elle les repoussa dans un dernier effort. Lorsque Marguerite toucha les barques, tout devint noir et elle eut l'impression qu'elle tombait dans un gouffre sans fin".

   Voyant dans l'homonymie un signe du destin, je trousse une lettre et envoie le tout à Robert Laffont.
 Il me répondra, généreux:

"... la narration, par moments, piètine un peu. D'autre part, on souhaiterait une meilleure aération à votre texte. Cela dit, vous avez de la sensibilité, de l'imagination, des tournures d'expression originales [j'ai gardé de cette époque une rédaction où un cinglant "Encore de ces expressions qui ne veulent rien dire!" m'a coupé le souffle] et déjà, une certaine aisance à conter. Bref, il vous faut continuer à travailler sans vous décourager, car le métier d'écrivain est dure. Mais vous êtes très jeune et bien des espoirs vous sont permis."

    Je continue à écrire, à rêver de Bernard Pivot me recevant.  A 17 ans, j'adresse à nouveau à Robert Laffont un poème et une nouvelle, c'est Michel-Claude Jalard qui répondra, joignant à l'envoi le livre de Robert Laffont sur le métier d'éditeur :

".. goût pour l'expression littéraire... des dons certains... nouvelle se déployant dans un fantastique un peu stéréotypé... vous décrisper, être plus naturelle et plus personnelle."

    A 20 ans, j'entre dans la vie active et  la presse. Me voici encartée journaliste. Je me souviens de mon premier papier, la visite d'élus dans une station d'épuration pilote. A 22 ans, j'adresse un récit à plusieurs éditeurs, "Ne tirez pas la queue du chat", un pastiche surréaliste d'une histoire de privé, dolent et incompétent.

Incipit : "Le chef m'avait convoqué. Je n'étais pas fier de moi.
-J'ai reçu de nombreuses plaintes cette semaine. Bien sûr, c'est toujours amusant. Ces plaintes émanent de personnes que vous êtes censées suivre avec discrétion. Madame Londu m'apprend qu'un de nos agents a le toupet de lui demander du feu. C'est vous, n'est-ce pas? La description jointe est éloquente : "Un individu d'une trentaine d'années, affublé d'un pardessus froissé et gras, à l'air stupide". C'est vous. Et ce n'est pas tout. Madame Pilard me supplie de lui allouer un agent compétent, suivie depuis quelques jours par un homme au regard trouble. Encore vous!"

    Retours  négatifs standart sauf un  (comme j'ai regretté par la suite de l'avoir jeté, alors très vexée et découragée!),  où m'était fait grief, avec pas mal de hargne d'ailleurs, d'un "style comparable à un quai de métro aux heures de pointe!"
   
    En suivant, je participe à un concours de poésie. Je l'emporte avec "Ephemer". Malheureusement, l'association pilotant le prix a du plomb dans l'aile et quelques coups fourrés au compteur , donc pas d'édition du recueil et un prix fantôme.  Arroseur arrosé, je fais la une du journal et hérite de l'étiquette "poète". Je décide, en réaction, de faire une expo photo/calligraphie/matières et de réaliser un livre-objet, écoulé chez une amie, décoratrice florale.  J'ai besoin de faire, nouer les ficelles, plier les feuilles, garder contact avec la matière, illustrer. Mais aussi d'aimer, découvrir, partir à l'aventure, (se) remettre en question, peindre, dessiner, se retrouver,  jouer du saxo, faire du théâtre, des enfants, vivre violemment l'instant présent et son exigent corollaire, la vive impatience. Pas vraiment le profil monomaniaque idéal pour creuser une voie avec pugnacité. Bref, je m'égare avec plaisir et liberté, dans le sillon de quelques titres autoédités, aux tirages confidentiels : "Le contour d'un jour", "Instants de pluie, instants de plus", "Le dodo, c'est rigolo", "Le bal de Clarisse" (prétexte à une expo), et bien d'autres, réalisés les années suivantes. 
    En 2000,  la création de l'association In-Octavo&Co complète et structure ces élans dispersés. 

    Après 18 ans de bons et passionnés services, en 2002, je me retire de la presse pour passer de l'autre côté : je m'adonne à l'animation d'ateliers d'écriture, à la création, tous azimuts; j'y perds un peu au passage  mon  rapport à ma propre écriture;  ma propre création; une pause est nécessaire. Je saisis en 2004 l'opportunité d'une formation à la méthodologie et à la remédiation cognitive. Toujours la transmission mais plus profonde, plus durable, quantifiée, mesurée, contenue. 
    En 2000, MamzelleLuna fait son apparition. Pour différencier ma production journalistique sérieuse (?) de  chroniques fantaisistes (?) écrites sur le site de Cugnaux on line (toujours en activité), j'emprunte le nom de ma chatte fétiche, MamzelleLuna. Nous partageons les mêmes initiales et  le même toit depuis une douzaine d'années. En 2005, première mouture des Manèges de MamzelleLuna sur la toile (www.mamzelleluna).
    En 2003, j'avais monté l'ébauche d'un lieu artistique et culturel éclectique, à la fois cabinet de curiosités, librairie, tartinerie, galerie qui se serait appelé Le Manège. Vu l'envergure du projet et le climat alors en demi-teinte, ce Manège a fini au fond du tiroir.  Mais le visuel de la plaquette reste épinglé  sur le pêle-mêle du bureau. Sur le cheval de bois, mon père. 

     Aujourd'hui (janvier 2009)

"- 5 d'un coup!
s'écria la vaillante auteur/éditrice, plagiant l'inégalé "Vaillant petit tailleur" redoré par Chevillard.
5 livres inaugurent en effet les éditions Points Orgue.
- Mais pourquoi 5 d'un coup? s'inquiète-t-on souvent
Pourquoi 5 d'un coup? Ils étaient là, quasi aboutis, et d'un même destin, se sont déployés.
Ils étaient là, il était temps, ce fut ainsi et que sais-je encore."

je poursuis ma route sur les chemins de l'écriture et de l'édition ;  j'aimerais accompagner mes livres de mises en scène plastiques, aboutir par exemple le projet d'un livre paravent (la structure de ce paravent est faite mais, agacée de la voir prendre la poussière et les poils de chat  dans le salon, je l'ai planquée dans le garage).
   Planqués dans la couveuse, je sais aussi qu'il reste 4 projets d'écriture plus ou moins avancés :

- le premier est résolument tourné vers la fiction,  mettant en scène un abribus et une zone de no man's land, initialement écrit pour le théâtre
- le second est un témoignage, dépourvu de toute fiction
- le troisième est une fiction mettant en scène un quartier et ses personnages.
- le 4eme s'articule autour d'un personnage de polar, amateur de haikus et d'orchidées.
 
  En décembre 2009, 3 petites babioles éditoriales soudaines  s'invitent et s'exposent.
  L'unique et seule légitime MamzelleLuna se faisant âgée et aspirant aux longues siestes tranquilles, je profite d'un lifting du site pour le déménager et l'habiter, en mon seul nom propre, n'ayant, tout compte fait, plus à rien à différencier, prouver, cacher, perdre, gagner (octobre 2009).
  En parallèle, je poursuis d'autres expérimentations professionnelles, toujours en butte au sentiment d'imposture et d'insatisfaction propre aux autodidactes boulimiques.

  En parallèle, je poursuis mes expérimentations d'être humain, en désespérant de mon genre humain ou en riant de la facétie des pies.

   
Surtout, je me sais toujours plus animée par l'exigeant "Walk my talk" (marcher ma parole, mes actes en accord avec ma parole et mes valeurs).
   Ma seule certitude pour demain.



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